L'IA est en passe, pour de nombreux économistes, d’être considérée comme une « technologie à usage général » (General-purpose-technology), tant elle est en voie de transformer à grande échelle l'économie de son époque et la vie quotidienne du citoyen. Comme ce fut singulièrement le cas auparavant des trois précédentes : la machine à vapeur, l'électricité et l'informatique.

Pour autant elles ont été adoptées lentement souvent après plusieurs décennies. Tout laisse à penser qu’il en sera de même pour l’IA. C’est bien ici que se situe le grand écart entre une forme de précipitations des businessmen dans leurs marketing et la profondeur des recherches et analyses d’économistes nobélisés qui incitent de manière étayée à une prudence bénéfique et convaincante dans son usage. Du côté du business, cette précipitation concerne de grandes firmes technologiques qui s’engouffrent dans un marché porteur dont on n’est pas sûr pour le moins qu’il conduise au maintien des emplois à défaut d’accroitre la productivité ; des développeurs qui ont tout intérêt à promettre des innovations prétendument disruptives ou de dirigeants charismatiques qui veulent maximiser leurs profits, etc. A l’inverse la sagesse et la responsabilité incarnée dans des citations percutantes et récentes de grands économistes nobélisés tel Joel Mokyr (2025) ou Daron Acemoglu (2024), doivent être entendues et surtout considérées. Ce dernier rappelle que ;

  • Nombre d’entreprise sont victimes d’un battage médiatique et d’un suivisme « hype » sans comprendre ce que l’IA serait susceptible de leur apporter.
  • L’IA n’a pour l’heure apporté aucun avantage révolutionnaire sur le plan de la productivité.
  • La course des géants de la tech vise non pas à aider les êtres humains avec l'IA, mais à fabriquer une IA qui les remplacent dans toutes leurs tâches. L’IA sur laquelle travaille Elon Musk et Sam Altman n'aidera pas le journaliste ou l'enseignant à accomplir des tâches de plus en plus complexes. Elle vise à remplacer le journaliste ou l'enseignant. Acemoglu propose de construire un changement de récit sur l'IA pour embarquer la société civile et de la réguler car il s’agit d’un enjeu démocratique vital. Une ou deux entreprises ne peuvent pas dominer tout un secteur. C’est seulement dans ce cadre que l’IA pourra alors être considérée comme une technologie à usage général « au service de l’être humain », comme le répète à l’envie Acemoglu, un véritable "bien commun" en somme.