Ce nouveau billet d’humeur prolonge et renforce celui du 6 février 2023 intitulé : Localisation spatiale, le désir de centralité plus fort que la tentation de dispersion territoriale ?

Certains médias ont pu laisser entendre que la période associée à la pandémie aurait généré une forme d’« exode urbain » assez conséquent vers des territoires hexagonaux attractifs. Pour autant les premières études et recherches nuancent fortement la réalité, voir le mythe de cet « exode urbain ». Ainsi, dans une étude coordonnée par Hélène Milet en 2022 (Exode urbain, un mythe, des réalités),les auteurs observent que plutôt qu’un départ massif des villes vers les campagnes, la pandémie a plus globalement accéléré les départs en provenance des grands centres urbains, en particulier des plus grandes métropoles, vers d’autres territoires, au premiers rangs desquels… des villes (un peu) plus petites.La pandémie aurait ainsi renforcé des tendances déjà préexistantes et partant, la notion d’ « exode urbain » apparait clairement exagérée. Les auteurs soulignent également que les « exodeurs » vers les campagnes comportent une diversité de profils : retraités pré-retraités, ménages de profession intermédiaires et classes populaires stables allongeant leurs navettes quotidiennes grâce au télétravail. Et bien sûr, des cadres supérieurs et des professionnels du savoir, alliant grande mobilité et télétravail au sein de territoires littoraux, ruraux desservies par le TGV, mais aussi à haute qualité paysagère. Il est donc plus réaliste de parler d’une accélération d’un mouvement déjà engagé bien avant la pandémie au mitan des années 2000. De même, le géographe Max Rousseau (« Le mirage de l’exode urbain », Les cahiers de l’institut Paris Région, 2023) souligne que les nombreuses remontées de terrain, au sens d’une migration massive et de long terme des villes vers les campagnes, ne s’est pas réalisée. Et qu’en dépit de ce récit largement médiatique sur cet exode, jamais l’espace hexagonal n’aura été aussi piloté depuis les grandes métropoles.Et singulièrement de notre point de vue, depuisla capitale vers laquelle convergent les principaux réseaux matériels (TGV, autoroutes notamment), et immatériels comme nous le verrons (« atmosphère » urbaine intellectuelle, technologique et financière).

Le poids durable de l’attractivité métropolitaine centrale.

Cette attractivité explique à notre sens pour une large partie cette forme d’exode très relatif, cela pour deux raisons principales combinées. La première est associée à cette forme « atmosphère » urbaine intellectuelle, technologique et financière, propre aux grandes métropoles réputées qui attirent et concentrent, tel un aimant, des professionnels (consultants, chercheurs, startuppers, investisseurs, dirigeants, etc.), et des organisations du savoir mobilisant des ressources cognitives et créatives propices aux innovations et aux collaborations. La seconde raison tient au fait qu’nombre de ces acteurs privilégieront « la place » ou « le centre » où sa proche périphérie associée à ces métropoles dans la mesure où cette localisation demeure liée à la symbolique du pouvoir où s’y concentre les principaux décideurs (institutions et organisations). Cela à l’image hexagonale de Paris et singulièrement de son quartier central prestigieux des affaires (QCA), et plus largement dans les zones de l’Île-de-France telle que la première couronne ouest de Paris, voire la première couronne nord, financièrement plus abordable. C’est en effet dans ces espaces que se situent les sièges sociaux et les dirigeants de nombre de grands groupes, générant cette proximité et cette attractivité spatiale. En outre, la présence de transports rapides (régionaux et internationaux) constitue une ressource incontournable. Cela même en dépit d’une dégradation environnementale liées notamment à l’accroissement de certains coûts (notamment immobiliers et fiscaux), de la pollution atmosphérique, de la surcharge des réseaux de transports, des embouteillages, des nuisances sonores, etc., qui ont bien avant la pandémie pour partie contribué à favoriser cette forme de dispersion territoriale relative hors de ces grandes métropoles.

De la nécessité d’un rééquilibrage territorial.

Pour autant, un rééquilibrage territorial accru serait bienvenu. Le gouvernement a été incité durant l’été 2020, au regard de la crise sanitaire à orienter son plan de relance en faveur des territoires en encourageant la fabrication et le développement de « manufactures de proximité »(où tiers-lieux de production) avec une généralisation du dispositif, environ 80 manufactures labellisées à ce jour. De même on peut considérer que ce contexte pandémique et post pandémique doit inciter les tiers lieux territoriaux à favoriser la pratique du télétravail. Cela tant pour des activités de nature entrepreneuriales et salariales situées en particulier dans les zones périurbaine des métropoles urbaines régionales. De même, les TPE pourraient accroitre leur localisation dans ces espaces territoriaux, voire ruraux. Très concrètement, pour déployer cette dynamique, il faudrait activement poursuivre la revitalisation de ces territoires en créant plusieurs milliers d’espaces de coworking comme le souligne justement le sociologue Jean Viard, alors qu’il n’en existerait moins d’un millier hors métropoles. Si les effets de la pandémie ont à tout le moins contribué à renforcer des tendances déjà préexistantes, le rééquilibrage territorial hexagonal indispensable est conditionné par un renforcement des partenariats durables avec les différents acteurs clés pertinents que sont l’Etat, les collectivités territoriales et bien sûr, les entreprises. C’est bien par une volonté politique réaffirmée, volontariste et durable, que le désengorgement des métropoles, permettra ce rééquilibrage territorial, favorisant notre écosystème écologique.